Une fable sociale, mais surtout sensuelle
Avec son sujet grave (l'excision) et son contexte particulier (l'Egypte qui interdit Les Mille et Une Nuits pour pornographie), on s'attend à une chronique sociale édifiante. Pas ici, où l'excision est d'abord métaphorique. Entre cette jeune femme dépossédée de son corps, ce prof de littérature tabassé pour avoir affirmé l'importance de l'érotisme dans la littérature arabe, et ces Égyptiennes étouffées par la tradition, Dunia dénonce unee société qui, par conformisme ou par peur, se replie sur des tabous. Loin des ditactismes du film à thèse, Jocelyne Saab film son héroïne avec une grâce et une musicalité sensuelle. Le corps de cette femme-enfant qui s'achète un mirroir et danse comme une reine devient vite un symbole de résistance qui vaut tous les discours.

 

La cinéaste suit son chemin de croix avec une langueur délicate, mais n'oublie jamais d'être incisive: doublement politique, son film remet en cause la répression du plaisir et l'enfermement de la féminité dans les sociétés arabes, tout en nous ouvrant les yeux sur la richesse d'une culture trop facilement réduite à sess expressions intégristes. Il faut voir les scènes de sexe filmées avec un naturel voluptueux, ces plans fiévreux qui fixent des sensations diffuses et brûlantes, et ces corps cadenassés par l'intégrisme mais rongés par l'urgence sensuelle. C'est le moment de mentionnerla sublime Hanan Turk, poème de force et de vulnérabilité, éblouissante lorsqu'elle entrouvre les cuisses pour renaître. Dunia lui doit ses paradoxes, sa grâce et sa fragilité lascive.
Gaël Golhen, Première, France

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